la mode est elle un art

La mode est-elle un art?

L’architecture, la sculpture, les « arts visuels », la musique, la littérature, les « arts de la scène », le cinéma, les « arts médiatiques », la bande dessinée, nombreux sont les arts reconnus pour leur esthétique. Jouant avec nos sens, toutes ses créations ont pour ambition de délivrer un message et susciter une émotion chez celui qui la contemple. N’est-ce pas là le rôle de l’art ? bousculer notre spiritualité et enrichir notre intellect ?

Depuis la préhistoire, l’art accompagne son temps en permettant de le dépeindre au travers d’œuvres tout aussi nombreuses que les points de vue divergents de ceux qui les conçoivent. Dénonciateurs, esthétiques, polémiques, révolutionnaires, rétrogrades, les arts évoluent au fil des siècles et ne cessent de chatouiller les consciences collectives de leur époque. Souvent subversifs, de nombreux courants ou créations artistiques deviennent branchés voir révolutionnaires avant de se mourir dans la désuétude et finir comme œuvres qui ont été. Car miroir de la société, l’art évolue au rythme des mentalités et reflète les problématiques culturelles, cultuelles, sociétales ou encore politiques d’une époque précise.

Mais qu’en est-il de la mode ? Car si un art a régulièrement suscité l’émoi et la polémique avant d’être considéré des années plus tard comme avant-gardiste par une même société, c’est bien la mode. Mais pourquoi sa dimension artistique n’est-elle pas reconnue à sa juste valeur ? Et si la mode devenait le 10ème art ?

Voici un article très personnel au travers duquel je vais tenter de vous partager mon point de vue.

Une mode qui dérange

Au 19ème siècle, alors que la révolution industrielle transforme en profondeur la société française, le secteur du textile connaît lui aussi de grands changements. Les métiers à tisser automatisés comme le métier Jacquard, les métiers mécaniques ou encore les machines à coudre Thimonnier vont accélérer les productions textiles. Toutes ces inventions assurent une production en série, à des prix moins élevés que chez le tailleur. L’apparition des grands magasins, tel que Le Printemps, permet une distribution plus large et assure, de fil en aiguille, un renouvellement de la mode plus rapide qu’auparavant. Ca y est, le prêt-à-porter est lancé.
Concernant la haute-couture, il faudra attendre l’arrivée de Charles Frédérick Worth qui, après présentation de certaines de ses créations à l’Exposition Universelle de 1858, obtient une renommée méritée. Prônant la qualité des tissus et cultivant une image de luxe, il propose à ses clientes des créations uniques et inégalables. Sa notoriété explose lorsque l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, lui demande des tenues de soirées. Il aura aussi parmi ses clientes la princesse de Metternich et Sissi l’impératrice. Rien que ça !

Création de Charles Frédérick Worth

Au cours de sa démocratisation, la mode ne cesse de se renouveler. A la fois dans l’ère du temps et visionnaire, celle-ci va souvent s’opposer au dogme du bon goût, quitte à provoquer des révolutions et des progressions dans les mentalités. Au cœur de l’actualité, la mode prend parti aux débats du moment et ne cesse de susciter des réactions.

La condition de la femme

Comme tout le monde le sait, la condition de la femme a fortement évolué ces dernières décennies. Il était temps me direz-vous. Et si certaines tenues vestimentaires sont aujourd’hui entrées dans les mœurs, ces dernières ont été à l’origine de polémiques acides à l’époque. L’exemple le plus évident est certainement le pantalon féminin. En effet, il faudra attendre le 20ème siècle et beaucoup d’absurdités pour que celui-ci se démocratise auprès de la gente féminine. Car avant cette date, son port était passible d’une amende et de quelques jours de prison. A l’époque, on ne tolère que les femmes exerçant un métier d’homme à en porter un. Fort heureusement, des icones du cinéma telle que Marlène Dietrich ou Katharine Hepburn vont ouvrir la voie à l’anticonformisme en tenter de faire accepter l’impossible. Les manques de moyen liés à la guerre vont également permettre aux femmes de porter les vêtements de leurs maris mobilisés, rendant l’acte banal et conférant même au pantalon une dimension de tenue de détente lors de l’après-guerre.

Dans les années 60, l’apparition des costumes pour femmes dans les collections de haute couture mais également de prêt-à-porter d’Yves Saint-Laurent souligne avec élégance une révolution de plusieurs siècles. En effet, les revendications des femmes quant à leur émancipation et leur volonté d’être l’égal des hommes au sein de la société se sont manifestées par une appropriation du dressing masculin par ces dernières. Mais si la femme a su conquérir les codes vestimentaires masculin pour faire valoir ses droits, elle se retrouve aujourd’hui obligée de lutter contre les attaques incessantes de certains codes vestimentaires proprement féminins. Paradoxe quand tu nous tiens… En effet, la jupe est aujourd’hui très souvent mal considérée. Que ce soit dans les banlieues ou à l’assemblée Nationale (on se souvient de Cécile Duflot et de sa robe à fleurs), la jupe est souvent critiquée à tort et en porter une devient presque un acter de résistance, comme en témoigne la « journée de la jupe ». Paradoxe quand tu nous tient.

Une inégalité des genres

Concernant la mode masculine, le problème est tout autre. Alors qu’au 17ème siècle l’homme se présente avec des tenues aussi ornementées, travaillées voire excentriques que celles de la femme, ce dernier s’enferme dès le 18ème siècle dans un costume noir, le rendant presque invisible face aux tenues toujours plus soignées et inventives portées par sa comparse. Qu’il s’agisse d’un manque d’ouverture d’esprit ou d’un simple désintérêt, on ne peut que constater une véritable inégalité entre les dressings des deux sexes.

Mais alors que la femme a réussi à s’approprier les codes vestimentaires masculins, l’inverse est loin d’être le cas. Certains créateurs tels qu’Alejandro Gómez Palomo tentent malgré tout de démocratiser cette androgynie auprès de la gente masculine mais le résultat n’est pas encore là et un travail doit être opéré auprès de la conscience collective. Car en effet, il est encore mal vu par la société qu’un homme puisse porter ce genre de vêtement. Nombreuses sont les polémiques autour de cette mode considérée comme une faute transidentitaire plutôt qu’un modernisme asexualisé. Mais je ne serai pas surpris de voir dans quelques années l’homme adopter des tenues adressées aujourd’hui uniquement à la caste féminine. La véritable question est de savoir par quelles causes ces changements seront drivés ? Seul l’avenir nous le dira.

Une attaque à la religion

Alors que les couturiers se sont intéressés principalement aux courbes, aux matières et aux couleurs, on observe depuis quelques années un attrait de leur part pour la religion. Dans une société où cette dernière rime avec polémique et esclandres, les créateurs n’hésitent pas à partager leurs opinions au travers de créations visant à sublimer le sacré. Ce fut le cas en 2014 lorsque Dolce & Gabanna présente une collection aux connotations chrétiennes, avec des motifs inspirés des mosaïques de la cathédrale de Monreale. En 2016, l’entreprise italienne réitère en s’attaquant cette fois ci au culte musulman. Sa gamme de hijabs et abayas provoque cependant la colère de nombreux commentateurs qui appellent au boycott de la marque, s’opposant fermement à une soi-disant mode islamique.

Plus récemment, nous avons assisté à un déferlement de haine suite à l’apparition du burkini. Pourtant marginal dans un premier temps, celui-ci va choquer les consciences car considéré comme sexiste, prosélytiste et s’attaquant à la laïcité. Mais encore une fois, comme toute tenue polémique, les ventes de celle-ci deviennent exponentielles.

Il paraît donc évident que la mode ne consiste pas uniquement à faire du beau. Au-delà de son esthétique la mode interpelle et fait réagir. La mode s’associe même parfois à d’autres artistes pour mettre en avant des arts qui sont autres. On peut le constater notamment au travers de la collection capsule proposée par Louis Vuitton et Jeff Koons, mettant en avant les toiles des grands maîtres.

Tout comme l’art en général, la mode reflète une époque, transmet un message et chamboule les codes culturels. L’intérêt de la mode est bien plus profond qu’une simple activité commerciale. C’est un moyen d’expression artistique, qui s’inscrit petit à petit dans l’histoire du monde. Car si la mode est éphémère, le talent des créateurs restent quant à lui immortel. Les musées et expositions qui leur sont dédiés nous le prouvent d’ailleurs chaque jour. Et n’est-ce pas là toute la beauté de l’art ? Pouvoir traverser le temps avec fougue et magnificence, tout en bousculant les idées préconçues?

Pour ma part, il est certain que la question n’est pas de définir si la mode est un art, mais plutôt de savoir quand celle-ci sera reconnue à sa juste valeur. Et vous qu’en pensez vous? A bientôt pour un nouvel article 😉

 

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